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Bibliographie

Voici quelques livres pour vous aider à mieux lire des œuvres (soient-elles peintes ou écrites) et leurs détails afin de rendre votre aventure plus agréable :

  • Les limites de l’interprétation, Umberto Eco
  • Lire la peinture – Tome 1 : dans l’intimité des oeuvres, Nadeije Laneyrie-Dajen
  • Le détail : pour une histoire rapprochée de la peinture, Daniel Arasse
  • Devant l’image : question posée aux fins d’une histoire de l’art, Georges Didi–Huberman
  • Art en détail, Susie Hodge (le livre sera publié en français courant Septembre 2017)
  • L’art des détails, Elisabeth de Lambilly (celui-ci est destiné à un jeune public, mais reste une belle découverte pour un amateur)
  • Les dessous des chefs-d’œuvres, Rose-Marie Hagen & Rainer Hagen

Le séminaire de Jean-Marie Fournier (03/03/17) en détaillé

Cet article est un (très) bref résumé du séminaire organisé le 3 mars 2017 et présenté par Jean-Marie Fournier, de l’université Paris-Diderot.

« Ne vous chargez jamais d’un détail inutile » (Boileau) : détail et écriture dans le Romantisme et à partir de lui.

 

Ce qu’il faut retenir :

Pourquoi commencer ce séminaire avec une citation de Boileau ? C’est la juxtaposition du mot « détail » avec « inutile » qui est intéressante, car le détail peut être accessoire. Du temps du classicisme, la mode voulait que l’on limite le détail : tout est propre, rien ne dépasse.

En Angleterre, les artistes n’ont pas suivi les mêmes canons qu’en France. Le détail n’a jamais fait peur à la littérature anglaise (ex. Shakespeare). Autant le détail paraît exclu du classicisme, autant il sature la modernité (Proust, Joyce)

Il est donc intéressant de voir comment Boileau jugeait le détail inutile, alors qu’il est survalorisé au 20ème siècle (ex. La madeleine de Proust : le détail est le déclencheur du texte). S’intéresser au détail, c’est s’intéresser à l’essentiel.

Etymologie : vient de détailler (provençal : dataillier), qui veut dire couper dans son ensemble dans le contexte marchand (viande, tissu), d’où l’idée de vendre au détail. Le détail est donc une partie dans un tout.

Les détails ne sont donc pas inutiles, et peuvent parfois raconter une histoire qui n’est au début pas apparente (ex. The Arnolfini Portrait : le miroir). Jon-van-Eyck-Arnolfini-Wedding-Portrait-Painting-ARTHIST0116Il ne faut pas vouloir tout raconter, tout dire, car parfois le détail pourra être à l’origine de l’excès qui ennuiera tout le monde : ce que Boileau appelait « l’abondance stérile ».

De Quincey, The Lake Poets

Anecdote de Wordsworth qui s’empare d’un couteau plein de beurre pour découper un livre : ce détail est révélateur du personnage de Wordsworth – il est peut-être un poète, mais agit comme un « paysan » sans sensibilité. Ici, ce n’est pas ce qui est dit qui importe, mais ce qui est suggéré dans ce détail.

Le pittoresque : se construit à partir du beau (19ème siècle). Le beau est mis  en mouvements, auxquels on ajoute des détails pour le rendre plus ‘pleasing’ (et non ‘pleasant’) : qui vise à faire plaisir, et non pas qui est beau en soi.

Ex. Tintern Abbey (Havel) : ce sont les détails architecturaux et la nature qui rendent le tableau pittoresque.

Une bonne partie de la poésie s’appuie sur les détails. L’œil du poète détaille le paysage en nommant les objets, mais aussi les nuances de couleurs. On a une vision extraordinairement détaillée du poète qui essaye de donner l’image la plus parfaite possible de la nature (cf. Impressionnisme)

Freud : l’esprit se charge de ranger toutes les expériences. Chaque fois qu’un événement se produit, on se souvient d’un événement aux détails similaires.

Pour conclure :

Ce qui fait la littérature, c’est la prolifération de détails (Barthes). Donc ce qui fait littérature, ce n’est pas le bon sens (Boileau), mais le non-sens : quand le détail prolifère de lui-même. En fait, le détail finit par montrer que toute sorte d’interprétation est possible.

Le détail, c’est ce que le locuteur décide comme point focal : nous sommes donc déjà dans un processus d’interprétation.

Séminaire (06 Avril 2017)

Joignez-vous à nous le jeudi 6 Avril 2017 pour assister à un nouveau séminaire portant sur le détail, mais cette fois-ci dans le domaine de la peinture !

C’est avec plaisir que l’Université Grenoble-Alpes accueillera Frédéric Ogée, qui vous invite à le suivre dans sa réflexion avec une thématique axée sur le très célèbre William Hogarth.

“Premier grand artiste de l’Ecole anglaise de peinture, William Hogarth est l’héritier direct des grandes révolutions scientifiques et philosophiques qui ont marqué la Grande-Bretagne à l’aube du siècle des lumières.

Proposant un regard résolument nouveau et “moderne” sur la Nature dans toute sa matérialité, y compris la nature humaine, vantant les mérites d’une esthétique dynamique, et comparant la perception à une poursuite, Hogarth ne cesse de souligner l’importance, pour l’artiste puis pour le spectateur, de l’activité expérimentale de découverte.

L’œuvre d’art, instrument d’optique, intensifie le réel, l’ouvre au regard et en permet une véritable expérience, jusque dans ses moindres détails. L’image artistique rejoint l’image scientifique au service d’un projet épistémologique où le poco piu, loin d’être l’évanescent et mystérieux secret de l’artiste, est le fruit concret de l’expérience et où le beau est avant tout affaire de vérité.”

Vous êtes intéressés ? Alors venez nous rejoindre dans la salle Jacques Cartier (Maison des Langues) le vendredi 3 Mars, de 10h30 à 12h30. Venez nombreux !

L’affiche du séminaire : Séminaire – Frédéric Ogée

Séminaire (03 Mars 2017)

“Ne vous chargez jamais d’un détail inutile” (Boileau) : Détail et écriture à partir du romantisme

Ce vendredi 3 Mars, l’Université Grenoble-Alpes aura le plaisir d’accueillir Jean-Marie Fournier, professeur à Paris 7, pour un séminaire axée sur la poésie.

Jean-Marie Fournier vous propose de le suivre dans son récit sur le détail avec le thème suivant :

«  La citation de Boileau fait entendre de manière claire l’opposition du goût classique à l’utilisation, en tout cas trop profuse, de détails. A l’inverse, l’époque romantique instaure des modalités d’écriture dans lesquelles les détails prolifèrent, au risque de modifier radicalement la perception, voire la compréhension, du propos. L’œuvre de Thomas de Quincey est traversée par cette tension, que j’essayerai de dégager et de comprendre. Je m’appuierai pour cela en particulier sur ses Confessions of an English Opium Eater de 1822 et sur les Suspiria de 1845. Contre la pratique de Wordsworth dans, par exemple, « Tintern Abbey » ou « The Leech Gatherer », ou celle de Dorothy Wordsworth dans son Journal ou sa correspondance, De Quincey laisse les détails (dont tous ne sont pas des effets de réel ou des éléments de la symbolisation de son texte) envahir l’espace de l’écriture, comme ils envahissent celui de sa conscience ou de son inconscient, produisant des effets de sidération dont l’écho (typiquement romantique) et l’onde de choc se poursuit jusqu’au Modernisme. Peut-être d’ailleurs Boileau craignait-il cet embarras du moi lorsqu’il conseillait à son auteur idéal de s’abstenir de trop donner de détails inutiles. Le détail, à plus d’un sens, est gênant pour le lecteur. »

Vous êtes intéressés ? Alors venez nous rejoindre dans la salle Jacques Cartier (Maison des Langues) le vendredi 3 Mars, de 10h30 à 12h30. Venez nombreux !

L’affiche du séminaire : Séminaire – Jean-Marie Fournier